mardi 22 novembre 2011

Théodule Tikoye, (Président de la voix des Wê) : ‘’Pourquoi veut-on nous envoyer à une réconciliation au forceps ?’’


A peine élu et investi à la tête d’une organisation regroupant les Wê du Royaume Uni, Théodule Tikoye, président de la Voix des Wê, a entrepris une tournée d’information et de sensibilisation qui l’a conduite au Nord et au Centre de l’Angleterre. Dans cette interview, il donne les raisons qui ont motivé cette mission et parle de la réconciliation en Côte d’ivoire.
Vous rentrez d’une tournée qui vous a conduit au nord et au centre de l’Angleterre, qu’est-ce qui a motivé ce périple ?

Permettez-moi s’il vous plaît, avant toute chose, de profiter de l’occasion qui m’est donnée pour exprimer ma gratitude à mon épouse Stéphanie Tikoye pour sa compréhension et son soutien, à mon vice-président Thierry Kamaé, à notre secrétaire général Athanase Ouloudé, au responsable de la communication Geremy Mombley, sans oublier Omer Tikouaï, Roger Mandet et Michel Gnonkondé qui ont été les artisans du succès de cette tournée. Je tiens aussi à remercier les différentes délégations composées : pour le Centre, de Théodore Gouleï, Richmond Gbeï, Gisèle Gnonto, Stéphanie Gah et Estelle Mandet ; Pour le Nord, la délégation était composée de Guillaume Seihi, D’Abraham Mahi, du doyen Mathieu Broha et de plusieurs autres frères sans oublier notre charmante Hôtesse Mme Gnonkondé. Je rentre effectivement d’une tournée d’information et de sensibilisation qui m’a conduite au Centre et au Nord de l’Angleterre. Au Centre, nous avons eu de chaleureux échanges avec nos frères et sœurs Wê , du West-Midland dont les villes de Birmingham, de Coventry, et de Wolverampton où nous avons eu le privilège d’avoir été invités à la radio WCRFM pour discuter des sujets concernant nos régions respectives. Au Nord, nous avons également eu le plaisir de rencontrer nos frères et sœurs Wê de Manchester, de Liverpool, de Newcastle, de Stroke et de Sunderland, avec qui nous avons abordé les questions de l’entente entre Wê, de la fraternité, et de la solidarité pour sortir nos régions de l’impasse.

Projetez-vous d’effectuer d’autres tournées dans les mois à venir ?

Oui bien sûr ! C’est vraiment important d’aller à la rencontre de nos frères et sœurs, d’échanger avec eux sur le drame qui frappe nos régions, de les réconforter et surtout de leurs expliquer le bien fondé d’adhérer massivement à la Voix des Wê afin que chacun puisse apporter sa modeste contribution à la reconstruction de nos villes et villages. J’invite mes frères et sœurs du pays de Galles, de la Nouvelle Ecosse, de l’Irlande ou même des autres régions de l’Angleterre de ne pas hésiter de nous contacter afin de connaître notre agenda des tournées.



Êtes-vous en contact avec d’autres présidents d’associations de Wê de la diaspora ou au pays ?

Oui, nous essayons de rentrer en contact avec des associations sœurs ayant les mêmes objectifs que nous. Comme vous le savez, en ces périodes troubles pour nos populations, il y a différentes positions, selon la compréhension des uns et des autres de la crise. Mais il faut faire attention de ne pas jouer la carte politique et veiller seulement à l’intérêt supérieur de nos parents pour une collaboration plus efficace. La Voix des Wê est une organisation sérieuse et apolitique. Nous avons pris attache avec notre frère Yoro Donatien, le Président de la Fédération des Wê de l’Amérique du Nord, avec Brigitte Boblae, des Wê d’Italie, et Privat Doué du Club Wê du Danemark. Bientôt, ce sera au tour de Me Seed Zehe de l’Odewe de à Paris. Nous voulons créer une dynamique Wê pour venir à bout des difficultés auxquelles nous faisons face dans notre société et agir efficacement sur le terrain au pays. C’est pourquoi nous tenons beaucoup à la solidarité entre nous Wê de la diaspora parce que nos parents désespérés attendent beaucoup de nous.



Quelles sont les conditions d’adhésion à la Voix des Wê ?

La seule condition pour adhérer à la Voix des Wê, c’est d’être Wê. Maintenant comme je l’ai dit tantôt, il faut que l’adhérant ait les mêmes objectifs de solidarité que nous. Nous disons que la voix des Wê est née pour défendre les intérêts des Wê et de dénoncer tout ce qui va contre nos intérêts. La voix des Wê est ouverte à tous les Wê soucieux des vrais problèmes de nos parents. Tous ceux qui pensent comme nous que le peuple Wê a besoin de paix et de sécurité pour amorcer son développement sont les bienvenus au sein de notre organisation. Nous sommes convaincus que la majorité est avec nous. C’est pourquoi nous constatons une adhésion massive des Wê au Royaume-Uni. Pour l’adhésion, de façon pratique, les cartes de membres seront disponibles très bientôt.

En dehors des tournées, quels sont les projets futurs de la Voix des Wê ?

Nous sommes toujours dans la logique de sensibilisation. Notre objectif à court terme consiste à faire passer notre message de solidarité, d’union et surtout d’entente cordiale de tous les fils et filles Wê. Nous continuons d’expliquer les aspects néfastes de la guerre dans nos régions, le martyr que vivent nos parents. Aux sceptiques, nous demandons de nous rejoindre car ce que nous disons n’est pas de la fiction, nos régions sont vraiment sinistrées, nos villes et villages n’existent presque plus, nos parents réfugiés dans des sites d’accueil font l’objet de déguerpissement. Nous avons des projets à court, moyen et long terme pour nos régions respectives. Nous prévoyons d’autres tournées après les fêtes de fin d’années au cours desquelles un gala de bienfaisance sera organisé. Après quoi, nous irons faire des dons dans nos régions en Côte d’Ivoire. Nous comptons également inviter d’autres associations Wê pour partager nos expériences. Sur le plan juridique, nous continuons de recenser les victimes et des plaintes ont déjà été acheminées à la Cour pénal internationale et nous attendons la conduite à tenir.

Vous venez d’une région qui a payé le lourd tribut de cette guerre en Côte d’Ivoire, que pensez-vous de la réconciliation nationale?

Vous avez dit réconciliation ? Eh bien la Voix des Wê ne peut pas avoir un problème avec la réconciliation nationale quand on sait que nos régions ont payé le plus lourd tribut dans cette guerre. Mais nous ne pouvons pas parler d’un concept sans maîtriser littéralement tous ses contours. Pour qu’il y ait une réconciliation sincère, il faudrait que les auteurs des actes criminels le reconnaissent, s’en repentent et demandent pardon aux victimes. Le pouvoir à certes changé de mains mais il n’y a cependant eu ni repentance ni demande de pardon. Alors de quoi parle-t-on ? Avec qui se réconcilier ? De surcroît, depuis 2002, nous subissons impunément toutes sortes d’exactions, d’expropriation de nos terres, la chasse à l’homme est ouverte à l’Ouest contre les populations autochtones. Jusqu’à présent il n’y a eu aucun mot de compassion de la part des nouvelles autorités. Alors qu’on nous dise d’abord quelle est la faute commise par le peuple Wê pour subir cette violence inouïe d’un autre âge. Pourquoi cette barbarie ? Qui a massacré nos parents à Duékoue, Toulepleu, Blolequin ? Pour ne citer que les cas les plus graves. Qui en sont les commanditaires ? Pourquoi veut-on nous envoyer a une réconciliation au forceps ? Est-ce une réconciliation des vainqueurs comme la justice des vainqueurs dans laquelle l’épée de Damoclès plane sur la tête des victimes ? Nous avons l’impression que les dés sont pipés à l’avance. On ne peut pas nous appeler à une réconciliation pendant que nos forêts sont occupées par des inconnus, pendant que nos parents vivent dans des conditions exécrables, pendant qu’on veut chasser ceux qui ont trouvé refuge à la mission catholique de Duékoué sans même leur trouver un logis décent. Où veut-on qu’ils aillent ? Nous voulons adhérer à un processus de réconciliation sincère et non de façade.

Quel message avez-vous pour vos frères et sœurs Wê de la diaspora ?

Mon seul et unique message à la diaspora, est un message de solidarité, de fraternité, et de paix. C’est dans l’union et la discipline que nous pouvons faire passer notre message ; car les espoirs placés en nous par nos parents au pays sont trop grands et nous n’avons pas le droit de les décevoir. Ce qui nous unis est plus important que ce qui doit nous diviser. N’écoutons pas ceux qui veulent nous taxer de xénophobes et d’exclusionnistes. Personne en Côte d’ivoire ne peut douter de l’hospitalité légendaire du peuple Wê. C’est pour cette raison que nous exigeons des nouvelles autorités, la sincèrité, la compassion et la sécurité de nos parents. Enfin, je ne pourrais finir ce message, sans saluer toutes les associations Wê partout dans le monde pour leurs inlassables efforts à la mobilisation en vue de participer à la renaissance de nos régions. Je n’oublie pas tous les Ivoiriens qui, malgré qu’ils soient eux aussi meurtris, sont compatissants à la cause du peuple Wê. Aux parents au pays, je leur dirai de continuer à nourrir l’espoir d’un lendemain meilleur.

Que le Seigneur bénisse la Côte d’ivoire et le peuple Wê.

Interview réalisée par Nathalie
Zemgbo Djiézion, Ottawa

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