mercredi 29 juin 2011

ENLEVEMENT DU PRESIDENT GBAGBO : UNE COLLABORATRICE DE SIMONE GBAGBO RACONTE LA VIE AU GOLF (2ème PARTIE)


par Toussaint Alain, mercredi 29 juin 2011, 21:23
Après nous avoir livré dans un entretien précédent les derniers instants dans le bunker et l’arrestation du président Gbagbo, Mme TANOH Agnès nous raconte comment les personnes arrêtées au palais présidentiel ont été conduites au Golf et traité dans cette prison.
Comment avez-vous été traités au golf hôtel ?
 Mais avant d’arriver au golf, il fallait traverser la cour de la résidence. Déjà, dans la salle où les militaires nous ont trouvés, ils ont pris tout ce que nous avions : téléphones, ordinateurs portables, argent, pièces d’identité, clefs de voitures, sac à main. A chaque étape, on nous prenait ce qui restait sur vous. Ma montre bracelet m’a été prise par une rebelle quand je m’apprêtais à monter à bord du KIA et mon alliance de mariage m’a été enlevée par un autre quand nous étions entassés dans la camionnette. Le seul pagne qui me restait m’a été enlevé quand je suis arrivée au Golf.

Pour décider de notre destination, les soldats de la force licorne dont les chars étaient positionnés depuis la résidence jusqu’ au boulevard de France ‘’carrefour Konan Banny’’ et les forces rebelles ont discutés longuement. J’en ai été informé par jeune militaire français qui était à coté de notre camionnette. Nous attendions à ce carrefour sous le soleil. Je lui ai ensuite posé la question. « Pourquoi, ne nous emmèneraient-ils pas dans une Ambassade ». Il ma répondu attendons la fin de leur discussion ? La suite, c’était le Golf !
Arrivés au Golf nous avons été accueillis par une cohorte de rebelles. C’est là que beaucoup d’ entre nous ont pris des coups. Le Ministre Jean Jacques BECHIO et un autre monsieur ont été blessés à la tête. Le maire Adèle DEDY a été aussi blessée à la tête et à l’arcade sourcilière. Des militaires ont été blessés, tous avec des points de suture. Une des nounous, qui s’appelle Oumou a reçu une balle dans la jambe. Le Ministre Geneviève BRO GREBE, fut piétinée par les rebelles avec leurs godasses à telle enseigne que pendant trois jours, elle ne pouvait ni s’asseoir, ni se lever. C’est après qu’elle a pu marcher à l’aide de béquilles. L’Ambassadeur Boubacar KONE lui a pris des balles avant de monter dans le KIA. C’est certainement dans les mêmes conditions que le Ministre TAGRO Désiré a subi le sort dramatique.
Après être entrés dans la pièce où nous étions au nombre de 59 nous n’avons plus été battus. Ce nombre va être complété par les serveurs, les infirmiers, un médecin colonel qui ont fait quelques jours sur le terrain de tennis. Cependant les deux premiers jours, chaque nuit, il y avait un groupe de personne qui entrait dans notre cellule pour nous insulter et qui menaçaient de nous tuer. C’est suite à la plainte du ministre BECHIO à celui qui disait avoir notre charge que nous avions eu la paix. Nous avons eu trois gardes dont un de l’ONUCI et deux FAFN qui avaient le brassard sécurité. Ces gardes nous accompagnaient pour les toilettes ou nous allions en groupe de 5 ou 10. Cela n’a pas empêché qu’un jour, Diabaté Beh soit battu dans les toilettes. Nous dormions à même le sol, les un collés aux autres comme dans un carton de poissons.
Hormis quelques uns qui voulaient se donner de l’importance comme un certain Mr. Porquet, et la Dame du PDCI à la grosse perruque, les autres nous traitaient avec humanisme. Une Dame nous a achetés des sandales parce que nous sommes arrivés au golf nu-pieds. Une autre a apporté également du coton hygiénique aux jeunes dames et des habits pour ceux qui étaient nus car tous les hommes sont arrives presque nus. La secrétaire de Soro a envoyé quelques effets à la secrétaire du Président Mme OBODOU et une Bible pour moi. Les médecins que nous avons eus ont été très aimables sauf un (rire). C était le second du médecin qui n’était pas content quand on n’avait pas aimé le repas ou quand on ne finissait pas notre assiette. Nous ne nous sommes pas lavés pendant tout le temps que nous sommes restés là-bas. Nous n’avions pas droit au téléphone et aux visites.
Qu’en était-il des autres dans d’autres cellules ?
Je suis chrétienne catholique convaincue et je ne peux témoigner que de ce que j’ai vu. Nous n’avions aucune nouvelle d’eux, seule la jeune dame dont j’ai parlée plus haut nous disait qu’ils allaient bien. Il ne faut pas oublier que nous étions en prisons comme se plaisait à nous rappeler un commissaire qui nous visitait. Et, en prison je crois savoir qu’on ne rend pas visite à ses Codétenus. Et j ai été surprise de voir Mme KACOU Rolande sur la liste des personnes libérées parce que pour moi elle était avec la première Dame dans le nord du pays car pendant notre séjour ils sont venus la chercher en disant que la première dame avait besoin d'elle.
Comment est intervenue votre libération ?
Quand nous sommes arrivés, deux équipes ont fait notre identification un commissaire et un responsable des rebelles. Un jour avant notre libération, les militaires (gardes et autres personnels militaires de Gbagbo ndlr) qui étaient avec nous ont été déportés au nord alors qu’il nous avait été dit qu’ils rentraient chez eux. Nous avons donc été quelque peu surpris par notre libération car auparavant, M. Porquet, un monsieur très zélé est passé nous rappeler que nous étions des prisonniers. Un autre jour M. Ahoussou Koffi est venu nous dire que nous serons jugés. C’est dans l’attente de notre jugement que le matin de notre libération, un monsieur a informe la secrétaire du Président Mme OBODOU que les membres de la famille présidentielle devraient se tenir prêts à quitter le Golf. La Première Dame leur avait demandé de les déposer à Moossou. Mme OBODOU a dit aux membres du cabinet que nous sommes, de partir en tant que membres de cette famille. Depuis 10 heures, heure à laquelle nous avions eu l’information, nous étions prêts. C’est à 13 heures, que nous avons été exfiltrés par l’arrière porte.
Pourquoi avez-vous quitté le pays ?
Avec tout ce que j’ai subi, (maison pillée, prison …) et ce qui se passait à Bonoua mon village, les domiciles de major Amangoua, du Président du Conseil général, du Ministre Adjobi saccages, les assassinats à Larabia ou j’allais souvent, les parents ont insisté que je m’éclipse un peu.
Etes vous prêtes à continuer la lutte ?
C’est une question qui ne se pose pas à moi. Naturellement la lutte continue car l’idéal pour lequel je me suis engagée au FPI en 90 alors que j’avais été sollicitée par l’AFI (Association des femmes ivoiriennes ndlr) de mon quartier n’est pas encore atteint.
Vous savez, être née d’une ethnie ne se choisit pas. Les ethnies et les langues sont du Divin. Et c est ce qui définit notre appartenance à une portion de la terre dans ce monde. Est-ce que vous me comprenez ? L’ethnie wolof est du Sénégal ; le peuple Juif est d’Israël. Le Mossi est du Burkina Faso. Le Fon est du Benin, le Zoulou de l’Afrique du Sud. Le Sénoufo, l’Abouré, le Bété, l’Alladian, l’Ebrié, et d’autres ethnies sont de la Côte d’Ivoire. C’est Divin et l’homme ne peut effacer ce que Dieu lui a donné. Dieu m’a faite Abouré. Il ne m’a pas faite Peulh. L’Abouré est en Côte d’Ivoire mon pays, alors je me battrais pour mon pays tant que Dieu me donnera la force.
Je continue la lutte parce que je rêve d’une Côte d’Ivoire libérée de la tutelle du colon, je rêve d’une Côte d’Ivoire souveraine. Je rêve d’une Côte d’Ivoire démocratique. Pour les 63 ethnies que nous sommes, chacune à sa manière d’accéder au pouvoir suprême dans sa communauté. Seule la démocratie importée soit-elle peut résoudre ce problème. Je rêve d’une Côte d’Ivoire où tous les enfants ont la même chance de réussite. D’une Côte d’Ivoire dont les paysans, comme mon père, ne meurent pas pauvres mais avec une retraite assurée par le fruit de leur dur labeur. Où la décentralisation aura un effet réel et de bien être. Une Côte d’Ivoire où dans le petit campement comme celui de mon père, l’on pourra regarder la télévision. Je rêve d’une Côte d’Ivoire solidaire où le pauvre peut se soigner, boire de l’eau potable. Je rêve d’une Côte d’Ivoire où le nom n’est pas sujet de stigmate. Ma fille mariée à un Koné du Nord; ma grande sœur est avec un Thé de l’ouest, mon neveu avec Sarah de Korhogo ne pose pas problème, Soro marie a une Tagro, Otto Laurant a feue Sarata Toure.
Je rêve de la Côte d’Ivoire qui m a été proposée par Laurent GBAGBO, le FPI et tous les ivoiriens qui n’ont de patrie que ma chère Côte d’Ivoire. Je rêve d’une Côte d’Ivoire où l’on pourra chanter le travail de mille générations.
Bientôt les élections locales, avez-vous des projets dans ce sens ?
Bien sur que oui, quelles que soient les difficultés. Sinon, la démocratie que nous voulons tant pour notre pays ne viendra pas. Il ne faut plus retourner à la pensée unique, mais plutôt laisser nos différences nous enrichir. Alors aussi difficile que cela puisse paraître si rien ne change dans la conduite des nouveaux tenants du pouvoir, il faudra quand même y aller c est l’occasion pour moi d’adresser toute ma compassion et mes encouragements aux prisonniers de la Pergola qui ont été libérés. Particulièrement nos représentants à l assemblée. Le président Laurent GBAGBO, nous a déjà ouvert la voie en se présentant aux présidentielles de 1990. Mais chaque chose à son temps, et la discipline du parti est une contrainte.
Un mot à l’endroit des lecteurs d’Abidjandirect ?
Je voudrais remercier très sincèrement abidjandirect.net et ses responsables, car ils m’ont donné de revivre et de reprendre la lutte. Ma première intervention, une note adressée au Président Koulibaly a été sur ce site. Je voudrais vous encourager à persévérer quelque soient toutes les difficultés. Je vous aime et l’Eternel, Dieu créateur qui a décidé de faire de nous des ivoiriens et non une autre nationalité nous garde. Dieu bénisse la Côte d’Ivoire.

SOURCE : Abidjandirect.net

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