vendredi 21 octobre 2011

Côte d’Ivoire, le régime Ouattara dans le tourbillon des coups d’état


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Après s’être accaparés le pouvoir en Côte d’Ivoire, Ouattara et la France déroulent désormais leur plan machiavélique pour réduire, à leur guise, ce pays à l’état de nouvelle colonie française. Au delà du rififi qui a cours actuellement entre l’opposition significative du leader Laurent Gbagbo et le régime de Ouattara, c’est cet enjeu, au demeurant majeur, qui devrait focaliser toutes les énergies de tous ceux qui se sont engagés en ce moment, aux côtés du peuple ivoirien, dans la lutte contre l’impérialisme occidental. La thèse des coups d’état, brandie à tout bout de champ par le pouvoir actuel, n’est que pure distraction. Un recadrage du débat s’impose, face aux élucubrations du régime Ouattara criant aux complots et aux tentatives de déstabilisation. Les uns et les autres ne doivent donc pas perdre de vue, les vraies raisons de la guerre perpétrée par la France contre la Côte d’Ivoire.

Dans la présente analyse, nous nous attèlerons à montrer la part de vérité qui existe dans l’attitude d’un pouvoir qui apparait hanté en permanence par un renversement et dans celle qui consiste, d’une manière ou d’une autre, à utiliser le prétexte du coup d’état pour annihiler toute velléité de contestation.

Le 15 octobre dernier, l’opposition ivoirienne projetait d’organiser un meeting dont le but, selon ses organisateurs, était d’exiger la libération sans condition de son leader, le Président Laurent Gbagbo. En effet, ce dernier, après avoir miraculeusement eu la vie sauve, à l’issue du bombardement de sa résidence par l’armée française, a été manu-militari déporté au nord dans une prison hautement surveillée. Ce meeting, qualifié d’office, de meeting insurrectionnel par les tenants du pouvoir, n’a finalement pas eu lieu. Les tractations souterraines des sbires de Ouattara laissaient d’ores et déjà entrevoir, des troubles qu’ils colleraient volontiers aux organisateurs de ce meeting: infiltrations des militants du RHDP, positionnement des combattants FRCI armés, sur les lieux deux jours avant, plusieurs détachements de la police, de la gendarmerie en faction dans le quartier, convois de véhicules militaires de type 4X4, déploiement d’une artillerie lourde par la force d’occupation de l’Onuci…, le scénario catastrophe et son corollaire de tueries, d’arrestations arbitraires et de casses était préparé à l’avance par Hamed Bakayoko, ministre de l’intérieur de Ouattara. Heureusement, l’opposition a eu le nez creux en décidant d’annuler son meeting, in extrémis. Ce même 15 octobre, des coups de feu se font entendre dans la soirée, pendant près d’une heure à Agban, le plus grand camp de gendarmerie de Côte d’Ivoire. La raison ? Une manifestation, dit-on, de gendarmes mécontents, selon les sources proches du pouvoir. Là encore, la réaction de Ouattara ne s’est pas fait attendre: arrestations de gendarmes présumés mécontents, expulsion de plusieurs familles de gendarmes réputés proches du Commandant Abéhi. Ensuite, les évènements s’accélèrent et s’enchainent. Toujours dans les média pro-Ouattara, l’on apprend l’arrestation du commandant Séka Séka, ex-aide de camp de Simone Gbagbo, épouse de du Président Laurent Gbagbo. Et enfin, cerise sur le gâteau, le cortège du chef de guerre chérif Ousmane, en partance pour Abidjan, se serait fait attaqué par des inconnus lourdement armés, aux encablures de la ville de Djébonoua (axe Bouaké-Abidjan).

Au regard de tous ces évènements, le pouvoir en place, par la voix de ses média affiliés, n’est pas passé par quatre chemins pour brandir aussitôt, le spectre d’un complot qui, selon ces mêmes sources, devait aboutir à un coup d’état visant le régime de Ouattara. Ainsi, la thèse du renversement armé apparait de plus en plus comme la raison principale qui motive en ce moment, les agissements scabreux du régime Ouattara envers tous ceux qui s’opposent à lui.

La peur du coup d’état, signe d’un manque de légitimité

La frilosité du régime Ouattara réside dans le fait que ce pourvoir manque visiblement de légitimité. Car sa supposée légitimité, nul n’ignore, il le tire du soutien la fameuse ‘’communauté internationale’’, que la France et les Etats-Unis, à travers leurs organisations satellites que sont la Cedeao, l’Onu, l’UA…, utilisent comme couverture pour leurs basses besognes. Etre légitime c’est être conforme aux lois, être conforme à l’équité, à la justice. Cela peut-être aussi défini comme ce qui est conforme à la raison, au bon sens. En Côte d’Ivoire, à quoi avons-nous assisté ? Des rebelles armés, véritables analphabètes transportent les urnes à vélo, chassent, séquestrent ou même tuent certains représentants de la LMP, se transforment en agents de bureau de vote en bourrant les urnes, le président de la commission électorale indépendante (CEI), bien que forclos, proclame des résultats de l’élection présidentielle dans le QG du candidat Alassane Ouattara…, la suite de ces évènements, on la connaît : c’est l’une des plus tragiques de toute la jeune histoire de la Côte d’Ivoire: Ouattara s’arroge le pouvoir d’état par les armes, appuyé en cela par des forces colonisatrices telles que l’ONU et la France, après avoir massacré, emprisonné, terrorisé, pourchassé et contraint à l’exile des milliers d’ivoiriens estimés, selon leurs propres chiffres, à près de la moitié de la population ivoirienne.

Non, tout ceci ne saurait être conforme aux lois, à l’équité, à la justice et ne saurait non plus être accepté comme conforme à la raison et au bon sens. Un pouvoir entaché de telles irrégularités, ne saurait susciter un minimum de consensus au sein de la population ivoirienne. Mais Ouattara, pour sa part, non satisfait de son forfait et sur instruction de ses alliés, refuse d’engager les débats politiques de fond, tels que le contentieux électoral qui demeure la pomme de discorde: qui a gagné l’élection présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire ? Le peuple ivoirien attend à ce jour, les vrais chiffres détaillés par localités et par régions. Il y a aussi et surtout la question de la libération des prisonniers politiques et l’instauration d’un cadre propice au dialogue national qui permettraient à chacun de s’exprimer, de dire sa part de vérité.

Nous sommes donc en présence d’un pouvoir qui manifestement cherche à museler l’opposition et toute forme d’expression qui viserait à faire éclater la vérité. Un pouvoir qui, pour ce faire, donne dans la justice partiale : refuse de reconnaître que ses hommes armés ont commis des crimes ignobles et préfère les couvrir d’honneur plutôt que les mettre à la disposition de la justice. Le constat fait, la conclusion est vite tirée: quand on n’a pas la légitimité, les signes ne trompent pas. On s’en prend à tout et à tous. L’autorité, dit-on, ce n’est pas celle qui s’exerce par la force et la brutalité, mais celle qui s’impose à tous par son caractère responsable, sa compétence, son sens avéré du rassemblement de tous les citoyens d’une même patrie, sans exclusive, autour des intérêts de la nation.


En Côte d’Ivoire, que constatons-nous ? Ouattara et son régime tentent de fuir leurs responsabilités, en faisant preuve de mauvaise foi et d’hypocrisie. Par leur refus de garantir à tous la liberté d’expression et le droit légitime de manifester. Pour le peuple ivoirien, frustré de sa victoire dans les urnes, il s’agit de démontrer à travers des manifestations populaires, à défaut du recomptage des voix, que son choix est bel et bien Laurent Gbagbo et non Alassane Ouattara. C’est cela que redoutent la France et Ouattara. La crainte que leur impopularité ne soit étalée sur la place publique et que leur machination pour faire passer Laurent Gbagbo, aux yeux de tous pour un dictateur ne soit mise à nue. Le régime Ouattara redoute le désaveu populaire, ce qui explique sa peur bleue des manifestations de l’opposition.

Alors interrogeons-nous: quel genre démocratie Ouattara préconise t-il en Côte d’Ivoire ? Car la démocratie, nous a-t-on appris, c’est justement le pouvoir du peuple, si du moins Ouattara estime être démocrate. Et le peuple veut exercer son pouvoir, pourquoi veut-on l’en empêcher ?

Le coup d’état, un prétexte pour museler l’opposition

Ne soyez pas surpris qu’au moindre vent, Ouattara crie au complot et fabrique de fausses accusations, sur instructions, bien entendu, de la France. Ces fossoyeurs de la république ivoirienne savent très bien qu’ils ne peuvent prospérer dans leur dessein inavoué d’exploiter la Côte d’Ivoire, qu’en verrouillant deux domaines clé, symboles d’un état souverain: l’armée et le peuple libre de Côte d’Ivoire.

L’armée de Côte d’Ivoire, n’a en réalité jamais fait allégeance à Ouattara, tout comme d’ailleurs les autres institutions ivoiriennes, même après la chute du Président Gbagbo. Sinon, comment expliquez-vous qu’Alassane Ouattara ait eu recours à des mercenaires et à une armée hétéroclite d’assassins et de rebelles baptisés FRCI (forces républicaines de Côte d’Ivoire) pour réaliser son coup d’état contre Gbagbo ? Tout comme l’opposition qu’il a voulu ‘’décapiter’’ en emprisonnant ses membres les plus influents ou en contraignant la plupart à l’exile, Ouattara veut aujourd’hui neutraliser les ex-FDS de l’armée ivoirienne en créant ça et là des complots. Il faut y voir, en effet, la main obscure de la France qui dès sa prise du pouvoir a dépêché auprès de Ouattara un conseiller militaire français. Toutes les mesures prises et consignées sous le vocable de ‘’refonte de l’armée’’ visent bien à mettre sur pied une armée ou plutôt une milice tribale à la solde du mentor du RDR lui-même, aux ordres de la France. Toute chose contraire à la mission première d’une armée régulière qui est d’assurer, notamment la sécurité de l’État, la défense de ses intérêts, la protection de ses populations et territoires vis-à-vis d’une menace extérieure. Et la menace extérieure pour la Côte d’Ivoire, est connue : c’est bien la France qui assujetti l’Afrique au nom de ses intérêts nébuleux. Ouattara et ses alliés ont mis en place un groupe armé qui, sous leurs regards complaisants, se plait à commettre les pires exactions contre les populations qu’il est supposé protéger. Ouattara et la France n’ont pas confiance en l’armée régulière ivoirienne, restée jusqu’aux derniers moments, fidèle au Président Gbagbo. Pour mieux comprendre son acharnement contre les ex-FDS, référons-nous à cet aveu d’une source proche de Ouattara qui avoue: « … pendant dix ans, elle (ndlr l’armée ivoirienne) n’a pas renversé Gbagbo comme nous l’aurions aimé. Aujourd’hui, c’est à ce niveau que se situe notre plus grosse inquiétude ».

Verrouiller l’armée et museler l’opposition ne sont en réalité que les signes cliniques d’un pouvoir frileux et susceptible au plus haut point. Continuer d’arrêter des officiers et soldats de l’armée ou les mettre à l’écart, lancer des mandats d’arrêts intempestifs contre ses opposants, réprimer toute manifestation populaire au motif infondé qu’on est menacé par un coup d’état, c’est refuser de laisser éclater la vérité, refuser de promouvoir la démocratie, l’état de droit, envenimer d’avantage une situation déjà explosive et tenter de cacher les problèmes de fond. La parade ici, consiste à faire croire à l’opinion publique que l’opposition fomente un coup d’état et qu’à ce titre, les autorités sont amenées à prendre des mesures que d’aucuns qualifieront à juste titre d’iniques. Ne soyez donc pas étonné que certains observateurs croient dur comme fer à cette thèse du coup d’état, le vent toxique des média occidentaux étant déjà passé par là.

Dans tous les cas, que ce soit la peur panique ou le prétexte d’un coup d’état, l’on s’achemine, s’y l’on ne l’est déjà, vers l’instauration d’un régime totalitaire en Côte d’Ivoire, qui pratique bien la loi de l’omerta (loi du silence). La politique mise en œuvre par Ouattara et la France peut être résumée en cette phrase: « silence, on pille en Côte d’Ivoire ». La Côte d’Ivoire, version Ouattara, pays sous tutelle française, ne pourrait désormais, tant que demeure Ouattara, prétendre à aucune souveraineté. Avec Ouattara, c’est sans conteste, la mort des idéaux de liberté et d’indépendance, chères au peuple ivoirien. Alors en définitive, qu’attend-on des ivoiriens? Qu’ils assistent mains et pieds liés au pillage de leurs ressources, qu’ils acceptent sans broncher que les fils et filles de la Côte d’Ivoire croupissent dans les geôles infectes de la France et de son Préfet Ouattara ? Qu’ils affichent des sourires condescendants en embrassant leurs bourreaux et qu’ils festoient avec eux pendant que les âmes de nombreux ivoiriens assassinés errent encore, faute de sépultures dignes, leur sang versé, réclamant que justice soit faite ?

Marc Micael

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