vendredi 24 février 2012

France: Avis de tempête


La surdité du monde politique français, à l’énoncé des revendications de la composante afro-française de sa population, a entraîné une frustration fortement teintée d’amertume, risquant de se traduire par un vote massif pour Marine Le Pen, candidate du Front National à l’élection présidentielle. Revenir sur les fondements de ce choix nihiliste serait dresser le bilan de l’échec des politiques dites d’intégration, et brosser le tableau d’un mépris teinté de paternalisme, réponse apportée aux revendications politiques et sociales de cette composante de la Nation.

La dernière aventure coloniale française en Côte d’Ivoire a achevé de polariser une large part de citoyens que l’on appâte, à la veille de chaque élection, avec colifichets et belles paroles, triste réminiscence d’une histoire commune, n’ayant toujours pas trouvé une juste place dans l’inconscient collectif. L’irresponsabilité d’une gauche dite de «gouvernement», prompte à user de référents néocoloniaux, lorsqu’il s’agit des rapports de la France avec ses anciennes colonies, sera dévastatrice…

Le parti pris, dans le déroulement d’élections africaines, la caution d’une soldatesque criminelle, le couronnement d’un tyran nègre ont été ressenti comme un crachat au visage, par les peuples africains et nombre de citoyens afro-français, médusés de la persistance d’une ingérence française en terre d’Afrique aussi brutale que méprisante. Les images effarantes du bombardement du palais présidentiel ivoirien, celles humiliantes de l’arrestation de Laurent Gbagbo et de sa femme, du lynchage son fils, ressortissant français, celles douloureuses, parmi tant d’autres, du massacre de Douékué, ont ravivé des blessures non cicatrisées.

En vain, quelques parlementaires communistes (nous faisons particulièrement allusion à MM Lecoq et Braouzec) ont tenté de faire entendre la voix d’une France digne et responsable. Las, les comptes-rendus partisans d’une presse inconséquente, servile et au diapason de la propagande gouvernementale, ont couvert l’écho de la raison. Le Parti Socialiste, commensal des arrière-cuisines franco-africaines, s’est roulé dans la fange de la compromission avec les restes putréfiés des réseaux françafricains, marquant ainsi un point de non-retour avec cette frange marginalisée de la population dont les doléances restent invariablement ignorées.

Qui a entendu les appels réclamant l’arrêt des bombardements de la Force Licorne ? Qui a entendu les appels au secours des ressortissants franco-ivoiriens dont les familles ont été comptables, à leurs dépens exclusifs, de la politique coloniale de Sarkozy-Lyautey ? Qui a entendu les appels demandant la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les agissements de la Force Licorne ? Seule Marine Le Pen, paradoxe des paradoxes, a saisi la profondeur d’un ressentiment nourri par les politiques d’abandon et de dédain sur le sol national, de prédation et de barbarie sur le sol africain. Adaptant son discours, elle s’est adressée avec une dignité feinte, en tant que femme politique respectueuse des souverainetés africaines. Ce ne sont que des mots, mais leur coût inexistant explique qu’elle en ait usé pour se payer un électorat en colère, trahi par cette gauche pseudo-humaniste, incapable de mettre en concordance principes et action, en France comme en Afrique. Ce ne sont que des mots, mais ils ont fait office de juge de paix…

La réalité de ce vote-rejet se mesurera trop tard, c’est-à-dire le scrutin présidentiel passé. Ce ne sont pas les tractations, menées sur des coins de table et engagées auprès d’associations communautaires par un Parti Socialiste, renouant avec les pratiques détestables du clientélisme politique, qui inverseront la tendance. Ce coup de semonce achèvera de persuader ceux qui se drapent de coruscantes mais fallacieuses déclarations humanistes pour draguer l’électeur, qu’une certaine France est en révolte et qu’elle n’acceptera plus d’être l’otage de vils calculs politiciens. Que sa révolte la radicalise. Que sa révolte entérine une exclusion vécue comme une humiliation et désormais acceptée en tant que donnée constitutive de notre société. Que sa révolte est une nouvelle fissure fragilisant un pacte social pourtant déjà bien ébréché.

Le désespoir et la colère peuvent être les géniteurs des pires alliances. Il est temps pour les supposés démocrates de notre pays d’en prendre la juste mesure, car si l’heure la plus sombre est celle qui vient juste avant le lever du soleil*, il n’est pas certain que le jour à venir soit un jour radieux…



Ahouansou Séyivé

*Paulo Coehlo.

Infodabidjan.net

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