samedi 27 août 2011

Mme Agnès Tanoh (Ex-Dame de compagnie de Simone Gbagbo) : “si Gbagbo est en prison, c’est à cause de son intégrité”


Selon Mme Agnès Tanoh, ex Dame de compagnie de l’ex Première Dame, Simone Gbagbo, l’emprisonnement du couple Gbagbo tient en réalité de leur intégrité. Exilée en Angleterre après sa sortie de l’Hôtel du Golf, elle a accepté de se prononcer sur l’actualité en Côte d’Ivoire et en Angleterre.


Présentez-vous à nos lecteurs.

Je suis agnès tanoh. ma fonction jusqu’au 11 avril 2011 était chef de Service chargé des Finances et moyens généraux au cabinet de la Première dame. Je suis membre du comité de contrôle du Front populaire ivoirien depuis 2000 après avoir été membre du Secrétariat général au poste de Sna (Secrétaire nationale adjointe) chargée des fédérations d’abidjan avec le député danho doubou de Songon et chargée du secrétariat permanent des réunions du Secrétariat général où le député akoun Laurent était mon correcteur. J’ai fait partie des secrétaires nationales adjointes au temps du ministre odette Likikouet avec mmes christine Konan, ouattara claudine, et marie odette Lorougnon Gnabri.


Mais ayant été également Dame de compagnie de l’ex1ère dame, aimeriez-vous l’appellation ex-1ère dame de compagnie ou Dame de compagnie ?

Je ne veux aucune de ces appellations. J’ai été dame de compagnie de mme la Première dame jusqu’en 2002. Si vous regarderez dans l’un des tout premiers numéros de Jeune Afrique qui a parlé de l’investiture du Président Laurent Gbagbo en octobre 2000, je suis la dame juste derrière la Première dame lorsqu’ elle descendait les marches avec son époux pour aller à la Salle des Pas Perdus, accroupie à côté de mme la Première dame et qui essuyait ses larmes. a cette période, j’occupais également le poste de Secrétaire particulière. Je faisais partie des premières personnes qui ont travaillé avec mme la Première dame dès l’ascension de son époux à la présidence de la république de côte d’ivoire. il y avait mme Yapo rosine, dr Walley corine, dr tayoro Gbotta et feu le ministre désiré tagro. Je suis restée Secrétaire particulière jusqu’en 2005, je crois, puis chef du Service administratif et financier, enfin chef du Service, chargée des Finances et de moyens généraux depuis quatre années environ. donc mon appellation professionnelle à ce jour est chef du service, chargée des Finances et des moyens généraux. L’actuelle dame de compagnie s’appelle mme Zakro nathalie. Je ne sais pas si les journalistes pensent que ce poste fait plus intime, mais cela dépend de la personne avec qui vous travaillez.

Combien d’années avez-vous passés aux côtés de Simone Gbagbo ?

Professionnellement depuis octobre 2000. Politiquement dans les hautes instances du parti (secrétariat général) depuis 1996.

A quoi consistait votre travail de Dame de compagnie, à «tenir compagnie et à distraire» comme le définit le dictionnaire ?

C’est une mauvaise définition en ce qui concerne la personne de Simone Gbagbo car elle n’a pas de temps de distraction. Elle n’est pas de ces Premières dames qui sont « sois belle et suis moi ». n’oubliez pas que la Première dame Simone Gbagbo est député d’abobo, Présidente du groupe parlementaire du Fpi, deuxième vice-présidente du Fpi, Secrétaire général du cnrd, chercheur, écrivain, épouse et mère de famille, mais aussi une chrétienne très pratiquante etc. avec toutes ses responsabilités, il ne lui reste pas beaucoup de temps pour la distraction et pour ce qu’elle trouve accessoire : le temps de coiffure, les essayages avec les couturières, le shopping. a mon temps, mon rôle consistait à veiller à cet accessoire, à la préparation de ses journées, de ses sorties et voyages, à recevoir quelques visiteurs vraiment personnels. et puis j’ai tellement de respect pour la Première dame pour qu’elle soit mon amie de jeu ou de radotage. Il faut dire que rares sont ses temps de distraction, mais quand elle s’y met, cela demande du temps. ce sont les films, le scrabble ou le puzzle et c’est aux rares occasions de vacances à l’extérieur.

Comment peut-on résumer la synergie entre vous et votre patronne ?

C’est pour moi comme une assistance de direction auprès du directeur. c’est comme cela que j’ai pris mon rôle parce que je ne sais s’il y a une formation pour ce poste, moi je l’ai fait sur le tas, donc certainement avec beaucoup d’imperfections.

Quelles sont les qualités d’une bonne Dame de compagnie?

Je pourrais dire, la disponibilité d’abord. Il faut être là avant le réveil de la Première dame. Mais avec Simone Gbagbo, c’est impossible. c’est une lève-tôt car c’est très tôt le matin ou tard dans la nuit qu’elle étudie sa Bible ou prie. C’est bien souvent à 22 heures, quand je rentrais que le couple se mettait à table. après la disponibilité, il faut de la discrétion comme une bonne Secrétaire. et puis du goût, car c’est vous qui préparez sa présentation (c’est une matière de secrétariat) pour ses sorties. Même si avec Simone Gbagbo, c’était difficile, toujours africaine, sans fard ni mascara ni rouge à lèvres. Pour elle, ce n’était pas l’essentiel et on a fini par s’habituer à sa simplicité que les poupées n’approuvent pas mais qui est très vite oubliée à cause de son charisme, de son niveau intellectuel et politique, de son esprit critique et de sa culture qui s’imposent au milieu de ses pairs.

Pourquoi vivez-vous à Londres ?

Je ne vis pas à Londres. Je suis en angleterre pour l’instant comme tous les ivoiriens qui ont cherché un point de chute par ces moments d’insécurité en côte d’ivoire. Surtout que j’ai été sur la liste de personnes à abattre, une liste de mon quartier dressée au cours d’une réunion du rhdp. (J’ai porté plainte contre X à ce sujet à la gendarmerie de cocody, quelque temps avant que ma maison ne soit pillée le 30 mars.) après ma sortie de la prison du Golf, j’ai été dans mon village à Bonoua. au cours de cette même semaine, en plein 16 heures, alors que les sœurs du président du conseil général de Grand Bassam (qui est de Bonoua), sont venues me dire leur compassion, les Frci attaquaient sa maison. Un jour auparavant, c’était la maison de major amangou pendant deux nuits successives, alors ma famille a voulu que je me retire un peu, surtout que les rumeurs de la visite par les Frci de la cour familiale où j’avais trouvé refuge étaient récurrentes. vous avez vu ce qui s’est passé après ? Le domicile du ministre adjobi, le campement juste à côté de celui de mon père, Laraba où j’étais souvent ont subi l’expertise de ces hommes. Je crois que mon domicile à Bonoua a été épargné parce qu’il n’avait aucun attrait. c’est pour préserver ma vie et celle de mes parents qui ne sont pas de mon combat que j’ai quitté momentanément Bonoua. De toutes les façons, je suis au chômage.

Les récentes émeutes britanniques ne vous ont pas touchée ?

Non. Je vis dans une petite ville à environ 60 km de Londres. Mais c’est triste de vouloir toujours s’exprimer par la violence. nous, nous avons été à l’école de Laurent Gbagbo, avec pour philosophie «asseyons nous et discu “J’ai tellement de respect pour la Première Dame pour qu’elle soit mon amie de jeu ou de tons». depuis 1990 en passant par le Front républicain avec le rdr à qui nous avions imposé notre style de revendication, nous avons fait des marches ou l’ambiance était bon enfant ; on hantait, un peu comme le font les militaires dans leurs entrainements. chaque marcheur était le surveillant de son voisin et souvent on y était par famille, par comité de base, par village donc vous comprenez que cela me désole énormément de voir tout ce gâchis en côte d’ivoire comme en angleterre. Il faut qu’on apprenne que c’est pierre après pierre que chacun ferra grandir et développer notre pays. mon père était connu sous le sobriquet de petit à petit l’oiseau fait son nid. La destruction des biens ne fait que nous appauvrir davantage. c’est malheureux de voir des monuments détruits parce qu’on n’est pas d’accord avec quelqu’un. aujourd’hui, les allemands regrettent d’avoir cassé le mur de Berlin qui, même si c’était une parenthèse honteuse, est un pan de leur histoire qui pourrait rappeler aux générations futures «plus jamais ça».

Avez-vous les nouvelles de vos patrons, le couple Gbagbo ?

Non, pas directement, malheureusement. Cet éloignement est fait sciemment et pour deux raisons, selon moi. en 1992, lors de leur première arrestation, par m. alassane dramane ouattara, alors Premier ministre du Président houphouët, (il en a été félicité par le Président Bédié, alors Président de l’assemblée nationale, comme pour dire que le chien ne change pas sa manière de s’asseoir), il y a eu un tel déferlement sur la maca… La nourriture ne manquait pas, outre les tonnes de denrées de grands planteurs comme Sassan Kouao, Baba adou, Bléhoué aka, il y avait une rotation pour la nourriture aux prisonniers par comité de base et section, en ce moment, j’étais responsable de la base «dynamisme » de Yopougon toits rouges. Les auteurs de ces nouvelles arrestations ont peur de cette affluence qui démontrerait encore si besoin en était, la popularité de ces prisonniers politiques mais surtout l’affection que le peuple ivoirien porte à son Président Laurent Gbagbo et à tous les autres prisonniers. La deuxième raison, c’est la peur continue d’une mutinerie que vivent les hommes forts. ces grands prisonniers sont leurs otages. c’est pourquoi cet éloignement nécessite une vigilance accrue de la part de la presse qui est devenue aujourd’hui le Service des renseignements généraux des ivoiriens, leurs informateurs.

Que pensez-vous de l’inculpation du couple Gbagbo pour «crimes économiques»?

Je ne sais pas ce que referme ce langage juridique, mais s’il s’agit de détournements de deniers publics, de pots de vins, alors je me réjouis car ils seront bientôt libérés. Justement s’ils sont en prison, c’est à cause de leur intégrité. Pour Gbagbo, c’est devenu une légende car même au temps du Président houphouët où on ne regardait pas dans la bouche de celui qui grille l’arachide, il n’est pas rentré dans la logique de la corruption, donc des grilleurs pour ne pas tuer ses convictions d’une côte d’ivoire souveraine, basées sur l’alternance politique pour un mieux être partagé des habitants de la côte d’ivoire, tout le monde le sait. ce que je puis dire, c’est que cette intégrité est l’une des raisons qui lui a valu cette guerre de la rance. en effet, avant la guerre au moment où je faisais office de dame de compagnie de la Première dame, je m’occupais aussi de la chambre privée du Président Laurent Gbagbo, je me rappelle bien que sur la table centrale de son salon de chambre, il y avait une entreprise qui lui proposait gratuitement des parts

dans celle-ci, il suffisait de signer et de leur envoyer des fiches déjà remplies. ces fiches sont restées sur la table centrale pendant trois mois au moins jusqu’à ce que je me décide à les classer définitivement. Et puis comme il a toujours dit, il n’a pas de compte à l’étranger. il l’a encore répété lors d’un entretien pendant la campagne. En tout cas, je ne veux pas que mes émotions ne prennent le dessus. Pour moi, leur emprisonnement est de l’injustice, de l’ingratitude, de la méchanceté, de la haine, de la lâcheté, de la cupidité, du vice. J’ai fait une contribution à ce sujet, sur abidjan-directe, il y a quelques jours. en côte d’ivoire où nous savons qui est qui, je ne pense pas que ces prisonniers des nouveaux hommes forts du moment, méritent plus la prison que ceux qui les y ont mis. Si je m’en tiens aux commentaires du monsieur chargé du ministère de la Justice, je dirais que c’est vraiment la honte. casser la Bceao, même si c’est lui, pour payer les ivoiriens, laissez circuler des rumeurs sur la création d’une monnaie, ce qui est à l’ordre du jour depuis 2002 dans les maquis, a plus tué l’économie. et des gens qui ont fait fermer des banques ? mais ils ne perdent rien pour attendre, même si la raison du plus fort est toujours la meilleure, le dieu qui a créé le plus fort est un dieu de Justice.

Serez-vous présente à l’une des élections qui se préparent en Côte d’Ivoire, puisqu’on vous annonce à Bonoua?

Même si je ne suis pas annoncée, j’y serai. c’est un devoir et une question de discipline du parti. il faudra travailler à la victoire du porte-flambeau de notre parti, en ce qui me concerne, c’est ce que j’ai toujours fait.

Comment entendez-vous contribuer à la mobilisation du Ffpi dans la Diaspora, notamment à Londres ?

Je suis à la disposition de ceux qui mènent le combat ici. J’ai eu la chance d’être invitée par deux fois à Londres à une conférence et à une marche, j’y suis allée.

Quand rentrerez-vous en Côte d’Ivoire ?

Très bientôt

Entretien réalisé par

Germain Séhoué
Source: Le Temps/infodabidjan

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