lundi 27 février 2012

Nouvelle année mais même crise (Georges Soros)


L’actuelle stratégie européenne relègue la moitié de la zone euro au statut de pays du Tiers-monde. Avec l’Allemagne à la place du FMI.


Les mesures prises par la Banque centrale européenne fin décembre, notamment le LTRO (des prêts à volonté à 3 ans au taux de 1% pour les banques) ont résolu en partie les problèmes de liquidité des banques européennes, mais sans résoudre les problèmes financiers des pays les plus endettés de la zone euro. Les primes de risque élevées sur les obligations d’Etat menaçant la solvabilité des banques, une demi-solution est insuffisante.

J’ai proposé un plan qui permettrait à l’Italie et à l’Espagne de refinancer leur dette en émettant des bons du Trésor aux environs de 1%. A la mémoire de mon ami Tomasso Padoa-Schioppa qui a aidé à stabiliser les finances de son pays lorsqu’il était à la tête de la Banque centrale italienne dans les années 1990, je l’ai appelé Plan Padoa-Schioppa pour l’Europe. Il est relativement compliqué, mais convient parfaitement du point de vue juridique et technique. Je le présente en détail dans mon nouveau livre, Financial Turmoil in Europe and the United States [Tourmente financière en Europe et aux USA].



Les autorités européennes ont choisi le LTRO plutôt que mon plan, alors qu’il soulagerait instantanément l’Italie et l’Espagne. Par contre le LTRO permet aux banques de ces deux pays de s’engager dans des arbitrages très rentables et pratiquement sans risque, tout en laissant les obligations d’Etat au bord d’un précipice - même si les derniers jours ont vu le danger s’atténuer.

Ma proposition consiste à utiliser le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Mécanisme européen de stabilité (MES) pour protéger la BCE contre le risque d’insolvabilité lié aux nouveaux bons du Trésor italien et espagnol qu’elle achèterait aux banques commerciales. L’Autorité bancaire européenne pourrait considérer ces différents bons du Trésor à court terme comme du liquide, car ils pourraient être vendus à tout moment à la BCE.

Les banques trouveraient avantageux de conserver leur excédent de liquidité sous formes de bons du Trésor dans la mesure où ils rapporteraient davantage que les sommes qu’elles ont en dépôt à la BCE. L’Italie et l’Espagne pourraient alors refinancer leur dette à un taux proche de celui du taux de rémunération fixé par la BCE qui est aujourd’hui de 1% pour les réserves obligatoires et de 0,25% sur l’excédent qu’elles sont susceptibles de déposer à la BCE.

Cela diminuerait considérablement les risques liés à la dette de ces pays. Ainsi le taux d’intérêt de 4,3% qui est appliqué à la dette italienne diminuerait. La confiance reviendrait progressivement, le rendement des obligations qui restent à rembourser diminuerait, les banques ne seraient plus pénalisées par la possession de bons du Trésor italien et l’Italie pourrait peu à peu bénéficier à nouveau de prêts à des taux d’intérêt plus raisonnables.

On peut objecter que cette stratégie réduirait la maturité moyenne de la dette de l’Italie et de l’Espagne. Je crois au contraire qu’elle constituerait un avantage dans les circonstances exceptionnelles que nous connaissons, parce qu’elle contraindrait l’Italie et l’Espagne à la discipline; aucun pays bénéficiaire ne pouvant se permettre de perdre la facilité de la BCE. Dans le cas de l’Italie, mon plan dissuaderait l’ex-Premier ministre Berlusconi de chercher à renverser le nouveau gouvernement de Monti qui ne dispose que d’une fragile majorité, car s’il parvenait à rapprocher le moment des élections, Berlusconi serait sanctionné par l’électorat. Il contribuerait au rétablissement de la stabilité politique et accélèrerait le retour de l’Italie sur les marchés.

Ma proposition répond tant à la lettre qu’à l’esprit de l’article 123 du traité de Lisbonne. La BCE a la responsabilité de fournir des liquidités aux banques, tandis que le FESF et le MSE ont été conçus pour amortir le risque d’insolvabilité. Dans le cadre de ma proposition, la BCE ne faciliterait pas de nouveaux emprunts de la part des pays membres, mais leur permettrait simplement de refinancer leur dette à moindre coût. Le FESF et la BCE réaliseraient conjointement ce que cette dernière ne peut faire à elle toute seule. Cela allégerait temporairement les conséquences désastreuses de l’erreur de conception de l’euro en attendant que les pays membres parviennent à une solution à plus long terme.

Le FESF disposerait d’une capacité pratiquement illimitée pour garantir les bons du Trésor à court terme de la zone euro, car aucun pays ne pourrait faire faillite durant l’application de ce plan. Et aucun pays ne pourrait abuser de cette garantie, de peur qu’elle ne lui soit automatiquement retirée, ce qui provoquerait immédiatement une hausse du coût de ses emprunts.

Pour la première fois dans cette crise, les autorités européennes entreprendraient une opération pour laquelle elles disposent des ressources voulues. Au vu de cette bonne surprise, l’humeur de marchés changerait. Car les marchés eux aussi ont leur humeur; c’est d’ailleurs ce que les autorités doivent comprendre pour faire face aux crises financières.

Contrairement à ce que l’on dit, la solution à long terme doit donner à l’Europe l’élan nécessaire pour échapper à un cercle vicieux déflationniste - ce qu’une réforme structurelle à elle seule ne permet pas. Comme les pays membres seront sous une stricte discipline budgétaire, cette relance doit venir de l’UE. Elle devra être garantie collectivement et de la manière la plus stricte, ce qui passe sous une forme ou une autre par des euro-obligations.

L’Agefi, quotidien de l’Agence économique et financière à Genève

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